Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 22:44

I- Pourquoi des monnaies complémentaires territoriales ?

 

 

Le rôle de la monnaie

Une femme venue d’ailleurs revient dans le village qu’elle a quitté depuis trente ans.

Quelle n’est pas sa surprise de voir sur la place de l’église, de la mairie et du café, qui ravivent agréablement ses souvenirs, une nouvelle auberge !

 

_ monsieur l’aubergiste, je veux  pour ce soir la plus belle chambre que vous avez !

L’aubergiste lui propose pour 100€ la belle chambre aménagée dans l’aile du château.

Contente elle paye avec un billet de 100€ sa chambre bleue à baldaquin et dit revenir dans une heure à la tombée du jour. L’aubergiste donne le billet de 100€ à son ami qui lui réclame pour annuler sa dette, l’ami court chez le marchand de meuble acheter un meuble, le marchand de meuble règle son garagiste, qui donne le billet à son plombier qui ce jour là mariait sa fille !

 

Quand le plombier vient louer la belle chambre bleu à l’aubergiste pour la nuit de noce de sa fille.dommage elle est déjà louée à cette femme venue d’ailleurs !

Sur ces entre faits la femme revient. – Je suis désolé, monsieur l’aubergiste, un vieil ami m’a reconnue et m’invite dormir chez lui ! – Ne soyez pas désolée répond l’aubergiste qui lui redonne son billet de 100€, lequel avait servi à dix personnes en moins d’une heure à régler leur dette pour échanger biens et services !

 

Cette histoire que j'ai racontée en 1994 dans un repas de quartier au bord de la Garonne a permis le jour même  la création de notre SEL Cocagne à Toulouse  (système d’échange local) qui compte maintenant 400 personnes. Alfred Sauvy, Maurice Allais , prix Nobel d'économie ont raconté des histoires semblable pour faire comprendre l'argent crédit ou l'argent dette et sa création.

La pédagogie de cette histoire du billet qui tourne en cercle est de comprendre le rôle de déclic et d’étalon remplie par la monnaie pour stimuler les échanges. Quant à la troisième fonction de la monnaie «  la réserve de valeur » que permet le prêt à intérêt, celle qui permet  « de faire enfanter de l’argent par de l’argent, répondant ainsi à notre angoisse de la mort » disait  Molière dans ses pièces, nous n’en avons pas voulu dans les Sels.

Quand François Morin, chercheur et spécialiste de la monnaie, nous dit que en 2009 seul 3% de la monnaie sert véritablement à de l’échange de biens et de services, nous nous disons dans nos rencontres inter sels (400 Sels en France et davantage à l’étranger) que nous avons peut être eu raison de nous cantonner à la fonction originelle de la monnaie qu’est l’échange symbolisé par notre slogan «  le lien plus important que le bien ».

 

La crise financière

Si les Sels (systemes d'échanges locaux) ont été créé après les années 1990 dans un contexte de chômage structurel plus que conjoncturel dans la double motivation de recréer du lien social de proximité et de réagir à l’argent rare par manque de revenu pour un nombre grandissant d’individus, avec la crise financière actuelle l’enjeu de notre innovation sociale et d’organisation citoyenne prend un nouveau sens.

L’actualité de l’effondrement –récession de l’économie capitaliste de marché, déclenchée entre autre par la crise financière (d’avidité des banquiers sur la troisième fonction de la monnaie)  nous affecte bien d’avantage encore qu’en 1994 ; Cette récession aggrave nos capacités de survie (crise sociale) et notre inquiétude de laisser un monde vivable à nos enfants (crise écologique dans sa triple dimension énergétique, climatique et de baisse de la biodiversité).

Tout se passe comme si notre économie (ethymologiquement  oikos nomos = les règles de fonctionnement de la maison) s’apparentait à une maison à deux étages :

 

Le rez de chaussée est celui des échanges non monétaires de don et de réciprocité (encore la moitié des échanges disent certains économistes malgré le processus de marchandisation généralisé) qui dominent dans la famille et ses prolongements d’amitié et d’entre aide où se situent les Sels.

 

Le premier étage de la maison est l’économie de marché qui permet de faire tourner de manière plus fonctionnelle la roue du bien être sur un territoire de vie : se loger, se déplacer, se nourrir, travailler, éduquer, se distraire, prendre soin de sa santé…. Cette économie du premier étage correspond à la première définition de la richesse d’Aristote : « celle qui accroît le bien être de soi même et de sa proximité » par opposition à celle qui n’est motivée que par la recherche du profit (troisième fonction de la monnaie).

Cette économie essentiellement territoriale est en quelque sorte au corps social ce qu’est le métabolisme d’un corps physique pour un humain qui se construit lui-même dans l’échange et l’interdépendance avec ses voisins.

 

  Le deuxième étage de la maison économie n’a pour règle que le profit qui, comme le disait Aristote, rompt les limites de l’accaparement du pouvoir et de la richesse. C’est l’économie spéculative capitaliste de marché dominée par les Banques qui l’approvisionnent par les prêts, en liquidité (les 97 % de la monnaie actuelle ! dit F.Morin).  Cette économie du grand large en se mondialisation rompt l’équilibre (le contrat social ?) qui avait prévalu entre l’Etat et les entreprises pendant les trente années d’après guerre (1945-1975 appelées trente glorieuses ;

En trente ans les revenus du capital ont augmenté de 22% et les revenus du travail ont baissé de 17%, dit l’économiste René Passet dans le monde du diplomatique.

 Avec l’ubiquité du temps (internet), la préférence de l'instant au détriment de la durée (Internet), avec la vitesse qui réduit les distances, le grand perdant de cette économie capitaliste devenu financier (virtualisé) est l’économie territoriale du quotidien du premier étage.

Depuis 1975 la croissance du PIB ne rime plus avec la croissance du BIB (Bonheur intérieur brut) et à tous les niveaux les inégalités non régulées s’accroissent ;

 

 

La tempête

Force est de constater les dégâts de l’effondrement du deuxième étage de l’économie virtuelle et spéculative de marché sur l’économie réelle du premier étage qui permet tout simplement de vivre sur son territoire de vie.

Nous savons que ce type d’effondrement s’est plusieurs fois produit dans l’Histoire de ces trois derniers siècles. Nos ancetres se rappellent tous ces indésirables de l’Europe qui faute d’emploi se sont exilés pour conquérir l’Amérique, Ils se rappellent ces sacs de café qui avant la première guerre mondiale se trouvant sans acheteurs solvable servaient de carburant aux locomotive. Ils se rappellent avant la deuxième guerre mondiale la crise de 1929 où la surabondance de quelques uns côtoyait l’insolvabilité du plus grand nombre.

Nous y revoilà ...et pendant que les citoyens sont  mis en demeure par nécessité de reconstruire la maison par le bas, le Politique essaye à coup de milliards de dollars prêtés aux banques en engageant les générations futures, de sauver la maison par le haut !

 

Ne pas reproduire les erreurs du passé

Si au café du commerce on peut entendre « une bonne guerre et cela repart la croissance au nom de l’emploi », comment éviter le scénario de la peur et de la destruction massive (même par pandémie !?!) pour retrouver les conditions de la croissance censée réguler la violence collective ?

On se souvient que l’entrée des Etats-Unis dans la dernière guerre mondiale (après que les capitaux privés avaient financé le réarmement de l’Allemagne nazi !) avait immédiatement créé 7 millions d’emplois dans les usines de guerre et 3 millions de soldats !

Souhaitons une troisième guerre mondiale impossible ( avec 10 000 ogives nucléaires !) .Et prenons acte de l’inversion de l’équation du système d’accumulation à l’échelle mondiale dans un monde à 6 milliards d’individus qui a rendu rare les biens nécessaire à la survie ( terres arable, énergies fossiles, eau potable..) et surabondante les savoirs faire et les compétences, comme la monnaie dont nous avons eu tort d’abandonner la création aux banques parce qu’elles n’ont pas d’autres logiques que le profit .

« Donner moi le pouvoir de créer la monnaie et peu m’importeront ceux qui ont pour fonction de créer des lois » disait déjà en 1838 Rothschild

Prenons acte d’une prise de conscience citoyenne des conséquences d’une crise écologique sans précédent dans l’histoire et d’un désir de ressourcer le lien social en privilégiant la simplicité volontaire au désir mimétique qui font les sirènes des tenants du capitalisme de marché mondialisé détruisant nos territoires de vie.

Faisons de la reconstruction du rez de chaussée de la maison (économie non monétaire riche de liens sociaux) et du premier étage (une économie plus circulaire et solidaire de la recomposition de nos territoires de vie) la stratégie de réponse aux conséquences de la crise climatique et au besoin d’un nouvel art de vivre ensemble.

 

Comment ?

Réinventons des monnaies complémentaires territoriales pour reconquérir nos souverainetés alimentaires, restaurer nos environnements, inventer solidairement un nouvel art de vivre.

Faisons de ces monnaies territoriales des outils au service d’une économie circulaire  qui nous apprennent à rallonger le cycle de vie de nos marchandises (actuellement 90% de nos marchandises n’ont que six semaines de vie) en recyclant, réparant, recombinant, réévaluant, relocalisant.

Créons de nouveaux liens entre l’agro écologie, l’écobatir, les paquets d’énergie renouvelable, les services éducatifs et de santé de proximité et nos désirs d’apprendre à vivre autrement pour ne pas spolier les choix de nos enfants.

A nos imaginaires du passé nourris de soif de puissance par la technique (productivisme), préférons l’imaginaire qui produit de la biodiversité et de la résilience.

A la figure du héros de l’entrepreneur qui caractérisait la relation Entreprise-  Etat (Liberté –Egalité) en « perdant notre vie à vouloir la gagner », préférons la figure du « jardinier » qui recompose les territoires de vie.

 

Voilà le sens, dans sa double dimension de signification et d’orientation, dans lequel s’inscrit cette initiative de mettre la monnaie au service de nos territoires.

 

 

II- Comment la monnaie complémentaire au service de la recomposition de nos territoires de vie ?

 

Reprenons notre histoire du billet de 100€ qui en moins d’une heure a permis à dix acteurs d’échanger des biens et des services !

Une monnaie est d’abord un espace de confiance.

Créons cet espace de confiance sur un territoire pertinent par sa diversité (au moins 30 000 habitants ?) et cohérents par sa proximité (bassin de vie et ou d’emploi).

Une personne morale est alors démocratiquement créée qui ouvre un compte dans une banque (la plus éthique possible) ;

Sur ce compte chacun dépose en euros la somme qu’il veut ( 100€, 300€…) qui sont convertis en UCT unités de comptes territoriales ; Un euro = un UCT.

Alors peut commencer l’apprentissage collectif progressif de devenir tour à tour fournisseurs et clients (offreurs et demandeurs de biens et de services) les uns et les autres sur un même territoire.

Les transactions entre offreurs et demandeurs (fournisseurs et clients) se font par l’intermédiaire du téléphone portable transformé en simple outil de paiement par connection à un serveur informatique après reconnaissance de son code secret. Un jeu d’enfant que permet une nouvelle technologie qui permet par le son émis de remplacer la carte de crédit. La transaction effectuée par les touches de son portable, chacun reçoit dans la minute qui suit la confirmation du débit et /ou crédit de son compte et son solde.

Votre compte est à zéro ? vous pouvez le recharger en UCT en faisant un versement de votre compte bancaire au compte de l’espace de confiance territorial ( un euro = un uct)

Votre compte a trop d’uct ? et vous avez à payer des charges en euros ?

Vous pouvez immédiatement reconvertir en euros vos uct , mais dans la transaction l’espace de confiance territoriale vous prélève 5% de pénalité !

Ces pénalités accumulées serviront chaque année à être réinvesti sur le territoire (décision démocratique collective) pour stimuler la circularité des échanges ou pour aider les activités territoriales les plus solidaires.

La pédagogie de ces pénalités dans le sens reconversion d’uct en euros a pour but d’inciter chacun à chercher des partenaires territoriaux pour dépenser ses uct plutôt que d’acheter par exemple des tomates du Maroc qui a besoin de son eau précieuse pour nourrir sa population !

 

La souplesse et la progressivité de ce système d’échange, vous l’avez compris, est au service d’un réapprentissage lent et progressif à préférer chaque fois que c’est possible les acteurs de son territoire de vie.   

Solidarités au sein de son territoire et apprentissage d’un mode de vie plus respectueux des générations futures, faire de son territoire de vie un territoire plus vivant et accueillant où y exprimer ses talents ,

voilà l’enjeu de la création des monnaies territoriales complémentaires.

 

Et si les monnaies complémentaires territoriales etaient le chainon manquant d'un dialogue à renouveler entre l'Etat, les entreprises et les territoires ? 

Avec la crise éclogique et la fin prgrammée du pétrole , n'est ce pas le temps n'est ce pas le temps de reconstruitre par le bas des économies territoires ? En y déclinant les trois valeurs de Responsabilité, Solidarité , Autonomie qui sont respectivement l'application concretes de nos trois valeurs Fraternité, Equité, Liberté.

 

 

 

 

 

Francois Plassard

ingénieur en agriculture et docteur en économie (Sorbonne) 

ancien agent de développement territorial

initiateur actuellement de la démarche eco hameau , habitats bioclimatiques groupés sans voitures avec vergers et jardins .

auteur du livre : crise écologique ou crise sociale , Vivre ensemble autrement _ préface Albert jacquard_ leseditionsovadia.com

et de "la vie rurale , un enjeu économique et de société" _ edition yves Michel

 

 

 


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